L'architecture en terre au Niger

Author: Djamila Hamani

L’architecture en terre désigne les techniques et réalisations de la construction en terre. Le matériau de construction que l'on nomme béton de terre, boue séchée, terre battue, pisé, torchis, adobe (mot d'origine arabo-hispanique adopté en américain) est employé depuis au moins dix mille ans. Il a servi à construire les premières villes connues.

Aujourd'hui, le tiers de l'humanité, peut-être davantage, vit dans des habitats utilisant ce matériau. Des palais, des fortifications, des villes entières bâtis en terre défient les siècles, s'ils sont annuellement entretenus.

Au Niger, le patrimoine architectural constitue l’une des composantes essentielles du patrimoine culturel. Plusieurs réalisations architecturales en terre ont vu le jour à travers les centenaires. Nous pouvons citer dans ce cadre plusieurs types de bâtiments notamment des palais et sultanats, des bâtiments administratifs et publics, des mosquées, des résidences privées, des hôtels et restaurants.

La terre est un matériau particulièrement adapté aux conditions climatiques du Sahel. Au Niger par exemple,l’insolation moyenne varie entre 7 et 10 heures par jour, ce qui représente une chaleur intense. Pendant la saison chaude la température peut atteindre  50 ° Celsius. Il est donc heureux que la terre crue possède une propriété utile qui est l’inertie thermique : elle se réchauffe moins vite que le béton.

Cette terre, disponible sous plusieurs formes au Sahel, utilisable en architecture (latérite, banco/glaise, sable) constitue une bonne alternative pour les problèmes liés à l’énergie que connait le Niger. Malheureusement, trop souvent, ces types de constructions sont reléguées essentiellement aux villages et autres hameaux mais aussi aux quartiers à revenus faibles dans les grandes villes.  La terre souffre d’une mauvaise image car certains pensent qu’elle est essentiellement le matériau du pauvre.  Mais depuis quelques années, et heureusement,  cette image change petit à petit.

Le patrimoine pré-colonial au Niger regorge de richesses du fait de ses techniques de construction, mais surtout de la très grande disponibilité des matériaux locaux comme le banco. Plusieurs bâtiments ont vu le jour d’avant la période coloniale notamment des mosquées et des palais, mais aussi des logement familiaux dans des villes comme Zinder et son quartier traditionnel.

Dans la région d’Agadez, à l’extrême nord du pays se trouve le sultanat d’Agadez. Il fut construit vers 1430, et est constitué de plusieurs bâtiments agencés autour de plusieurs cours.  Ce monument est le deuxième plus haut de la ville avec des murs construits en boule de terre séchée (les briques de l’époque). Ces boules avaient une performance structurelle nettement supérieure aux briques, ce qui explique en partie la raison de la durée de ce bâtiment. Le palais fait partie des monuments importants inscrits en 2013 au Patrimoine Mondial de l’humanité.

L’exemple le plus célèbre au Niger de ce riche patrimoine culturel est, bien sûr, La mosquée d’Agadez. Elle fut construite par un architecte traditionnel songhaï au 16 ème siècle. Bien que son célèbre minaret n’ait été édifié que bien plus tard, le complexe de la mosquée date de 1515. Elle surplombe le palais du symbole de l'autorité traditionnelle, le Sultan d'Agadez, avec son pic de 27 mètres de haut. Cette fragile et audacieuse construction en banco avec le même type de boules de terre cuites utilisée pour construire le Sultanat, a traversé les âges et reste l'édifice le plus élevé d’Agadez.

Tout comme le Sultanat, ce monument architectural unique constitue l’un des éléments les plus caractéristiques du centre historique d’Agadez (vieille ville d’Agadez) inscrite sue la liste du Patrimoine Mondial de l’Humanité en 2013.

Preuve que les prouesses architecturales pré-coloniales s’étendent sur le tout le territoire Nigérien, au Sud-Est du pays, la mosquée du Sultanat de Zinder a été construite vers 1852 sur 270 m ² sous l’ordre du Sultan Tanimoune, fondateur de l’empire du Damagaram. Il confia la responsabilité de l’exécution de cet édifice à un maçon nommé Mahamane Giwa qui bâtit des murs en terre et badigeonnés à la chaux à l'intérieur. Un enduit en ciment à l'extérieur fut rajouté plus tard au 20 ème siècle. Le palais comporte plus de 80 pièces toutes exhibant une personnalité et une esthétique différente.

Le sultanat fait partie de la « vieille ville de Zinder » inscrit sur la liste indicative du Niger en 2006 en tant que bien culturel de valeur exceptionnel.

Le palais du chef de canton de Tahoua ou guidan sarki est constitué quand à lui de plusieurs bâtiments, notamment une salle d’audience, un salon d’accueil, un magasin et la résidence privée du chef de canton. Les murs sont en briques de terre crue. Le palais a été rénové entre 1996 et 1997. Il représente un exemple spectaculaire 

  Mosquée de Yama. Niger. 1982

Mosquée de Yama. Niger. 1982

Au 20 ème siècle, période coïncidant avec la période post coloniale au Niger a vu naître plusieurs bâtiments notables à savoir des bâtiments administratifs et publics.

Peu connue, mais notable pour son architecture d’exception, la mosquée de Yama à  Tahoua est l’œuvre d’un architecte traditionnel du nom de El haj Mahamadou Barmou avec le soutien de la population de Yama. La mosquée est située en plein centre du village sur 430 m².  Elle fut construite en briques de banco et comprend une salle de prière et un mihrab en 1962. A l’extérieur de la mosquée, plusieurs éléments décoratifs sont mis en relief. La mosquée de Yama figure sur la liste nationale des biens culturels du Niger. Elle reçut le prix de la « meilleure architecture en terre »  décerné en 1986 par la fondation Agha Khan.

Aujourd’hui, une nouvelle génération d’architectes s’intéressent de nouveau à la terre comme matériau de construction avantageux, non seulement pour le climat, mais aussi pour promouvoir un plus grand respect de notre savoir faire local qui n’a, en fin de compte, rien à envier à l’Occident.

L'hôpital pour enfants de CURE a été construit à Niamey en 11 mois et dispose de 2000 m2 de surface bâtie et a été financé par le C.U.R.E. Organisation non gouvernementale. Il représente une sortie architecturale dans les centres urbains du Niger pour les infrastructures publiques dans le sens où le complexe a été entièrement construit avec des Briques de Terre Compressée (CEB).

Les murs sont tous basés sur des fondations en béton armé. Le toit est surmonté d'aluminium ondulé pour certains, la dalle de béton refaite pour le bâtiment de la cuisine, et une structure traditionnelle en bois de palme, des tapis tissés sous une dalle de béton pour la maison d'hôtes. Le câblage est encastré dans la masse murale. Les briques sont exposées à l'extérieur, ce qui est inhabituel au Niger, et ne sont que partiellement protégés avec un plâtre de ciment sur la partie supérieure des bâtiments. À l'intérieur, les murs sont soit enduits de ciment-plâtrier, soit peints ou laissés dans leur état naturel. La base de tous les murs est protégée par une couche d'imperméabilisation pour empêcher l'humidité de s'élever et d’accélérer la détérioration des briques. Le choix du matériau est né de la propre sensibilité de l'architecte, mais aussi du fait que le client a demandé un bâtiment qui nécessite peu ou pas d'entretien. L’utilisation des CEB en les laissant exposés, assure que les bâtiments de l'hôpital ne nécessitent aucun traitement de surface périodique.

  Mosquée d'Agadez, Niger, Construite au 16 ème siècle

Mosquée d'Agadez, Niger, Construite au 16 ème siècle

                                                                           Rénové entre 1996-1997

                                                                         Rénové entre 1996-1997

  Logements NM 2000, Niamey , Niger 2016. ©united4design

Logements NM 2000, Niamey , Niger 2016. ©united4design

Un autre exemple d’architecture de terre contemporaine est situé dans le quartier de Niamey 2000. Il s’agit de l’ensemble de logements NM 2000 comportant dix habitations, dont six déjà construites. Chaque logement, construit sur deux niveaux, offre une surface habitable d’environs 260 m2. Bien qu’organisées densément sur le lotissement, les villas sont orientées de manière à préserver l’intimité de chaque ménage conçus avec des briques de terre compressée (CEB). Ces briques sont économiques et utilisent un matériau abondant dans la région de Niamey: La latérite. Des presses mécaniques permettent de produire des briques tout à fait concurrentielles avec le parpaing ou la brique cuite. Leur utilisation permet la création de structures de très haute qualité sans pour autant en augmenter le prix ou en compromettre l’aspect esthétique.

A l’avantage économique et communautaire s’ajoute les qualités écologiques, mais surtout thermiques du matériau. En effet, il produit des intérieurs aux températures nettement en dessous de la température extérieure, les rendant confortables sans avoir recourt à la climatisation trop coûteuse. De plus, un système de ventilation naturelle est incorporé dans le design, permettant de reconduire l’air chaud vers l’extérieur.

Bien que cette liste ne soit pas exhaustive, ces quelques exemples montrent bien que nous avons la possibilité de créer nos propres solutions architecturales,et prouvent que la terre, c’est aussi très moderne. Il est possible de combiner plusieurs matériaux en renforçant le banco avec du bois par exemple ou en utilisant des briques de terre stabilisée, ou encore la technique du pisé.

Qu’elle que soit la méthode utilisée, il est important de voir que ce savoir-faire traditionnel répond aux enjeux économiques, climatiques, environnementaux et démographiques du Niger. Nous pouvons apprendre beaucoup des techniques anciennes et les adapter afin de produire des expressions purement contemporaines.

La construction en terre, l’une des plus anciennes techniques qui soit, est une manière aussi belle qu’intemporelle de construire dans notre région et au delà. Que ce soit les maisons d’argile du sud-ouest des États-Unis ou les constructions en pisé typiques en France et en Allemagne, les boules d’argiles du Nord Niger, la poussière et la terre utilisées pour construire les murs peuvent parfaitement adopter une esthétique moderne et contemporaine, tout en offrant les avantages de thermorégulation que l’on connaît depuis des milliers d’années.

  Hôpital Cure, Niamey, Niger ©Abba Moussa Souleymane

Hôpital Cure, Niamey, Niger ©Abba Moussa Souleymane

  Djoliba Lodge. Quartier Terminus, Niamey, Niger

Djoliba Lodge. Quartier Terminus, Niamey, Niger